Petit dimanche entre amis

Il était donné 14h. Le temps venu pour le marché de remballer ses attelages et de laisser place au Biplan, qui à une rue plus loin reprenait le flambeau de l’animation Wazemmoise. Sorti de son temple rue Colbert, la salle de spectacle s’emparait du square Ghesquière l’étendue d’un après-midi délaissant son lieu de représentation au profit d’un rectangle herbeux. Devant la mairie, l’espace verdoyant s’offrait à la présence des tentes dont les vagues blanches déployées abritaient des bénévoles venus rompre le repos dominical. Il était donné 14h les Amis Du Dimanche pouvaient débuter.

 

 

Aux premiers pas naviguant entre les différents stands et les diverses activités proposées s’établissait la prise de repère d’un lieu qui habitué à sa routine synergique se voyait doté d’un nouvel élan. Malgré le ciel de son gris menaçant ou l’opposition entre la Croatie et la Turquie retenant les amateurs de foot, la foule était là, répondant présente et opérationnelle pour partager ce moment en notre compagnie. Une foule des plus familiale à qui était émise la possibilité de rayer la monotonie hebdomadaire grâce à une programmation riche et hétéroclite. Les enfants avaient pris possession des jeux Wellouëj. Des aimants pour nos kids d’un dimanche usant de ces grandes pièces de bois pour y frotter avec ardeur palets ou billes ; et où chacun s’évertuait à battre son voisin dans des matchs amicaux improvisés. De ces jeux traditionnels, résultait une démarche socio-culturelle et ludique amenée par l’effervescence du plaisir que forment le partage et l’amusement. Il n’en fallu peu pour les plus grands assistant à ces scènes de mômes aux yeux rieurs pour qu’ils ne se laissent à leur tour gagner par la puissance d’attraction de ces divertissements boisés.

 

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Puis les regards furent portés ailleurs, vers l’espace scénique où étaient venus se répandre les six musiciens d’At’Hôme Cuivré. Du cuivre oui évidemment, mais surtout une harmonie musicale tenant sur une partition parfaitement rodée où chaque musicien arrive à tirer son épingle sans pour autant écraser l’autre. Les At’Hôme Cuivré se sentent à la maison place Quesquière (vous l’avez?) se laissant aller aux balancements corporels et aux jeux de scène. Devant le spectacle, les rangées de bancs sont garnies par une assistance affirmant son approbation par tapotements du pied et applaudissements. Le groupe enchaîne les reprises allant de System of a Down à Brigitte les ajustant à son répertoire. La sonorité cuivrique prend écho et rend compte d’un esprit chaleureux, populaire ralliant bénévoles, artistes et spectateurs. Elle donne le rythme aussi à ceux qui ne regardent pas – car pris dans la mouvance des activités – mais écoutent.

 

 

Chacun trouve au final son compte dans ces ADD aux allures de kermesse. Les plus petits s’ébahissent devant le défilé des bulles, ces sphères iridescentes que forme Tiphanie, bénévole au Biplan, et que les kids laissent porter par le vent ou éclatent du bout des doigts pendant que certains profitent d’un cadre champêtre pour échanger, attablés autour d’un verre. Il s’opère une rotation continue de la foule. Les passants passent, s’arrêtent à la vue de cette curieuse fête et embarquent avec le Biplan avant que celui-ci ne les redépose pour qu’ils s’adonnent à leurs occupations. Ce mouvement perpétuel profite au renouvellement du public, au fond le Biplan propose un voyage, garant d’un départ et d’une arrivée, le reste appartient aux spectateurs. At’Hôme Cuivré, nos marabouts contemporains, avaient su maintenir le beau temps le long de leur représentation si bien qu’une fois les instruments rangés dans leurs étuis une fine pluie venait s’abattre sur le square. De ces inconvénients, l’organisation tire bénéfice, l’espace est vite remodelé. Avec cohésion, les bénévoles rapatrient les tentes vers la scène pour que chacun jouisse d’un taux d’humidité de 0%. Cette nouvelle géographie est propice au conte que Marc Fiévet va dérouler. Un art de la parole, celui de déplier mondes et paysages en captant l’assistance par la force des mots et des gestes. Neige, une petite fille cherche son ami enlevé par un courant d’air. Au cours de son périple elle va faire la rencontre d’un vieux cartésien qui donne des leçons aux poissons de l’océan ou d’une vieille dame abritant un mystérieux frigo. Une histoire dans laquelle on y croise aussi un déserteur traversant le monde en pyjama et de vieilles créatures célestes dormant dans des prisons de fleurs. Un monde onirique sous forme de mille-feuilles où chacun peut emporter ce qu’il entend et perçoit tant il dégage chez Marc Fiévet un magnétisme inventif.

 

 

L’après midi se termine sous de derniers applaudissements. Le Biplan avait séduit par son agilité à s’adapter hors de sa base arrière et par sa programmation artistique ouverte à tous. Mais la réussite tenait aussi sur autre chose. Ce qui importe au delà du Biplan et des artistes c’était les gens et le nous commun et son rassemblement sur un même tapis vert. La finalité du projet tenait donc en cette mobilisation d’une assemblée hétérogène partageant un instant commun dans un cadre dessiné par le Biplan.

 

Remerciement :

Aux personnes présentes, aux bénévoles, à Romain pour l’organisation, à At’Hôme Cuivré, à Marc Fiévet, à Hervé Dansart, à Wellouëj ainsi qu’à La Tente des Glanneurs et à la mairie de quartier de Wazemmes.

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