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Interview avec SamSam Nrgum’n

A l’occasion de la soirée Open Mic du Clan McLeod ce samedi 28 Mai on est allé discuter avec SamSam Nrgum’n. Auteur du tout récent EP Microcosmos, premier effort rempli de promesse, le groupe revient sur ses débuts dans ce rap jeux et ses influences. Rencontre avec deux mecs qui dépeignent leurs vies en ambiance sonore.

 

C’était comment votre première rencontre  ?

SamSam : La première fois c’était une soirée où on savait pas trop quoi foutre là.

Nrgum’n : Complètement.

S : On était pas trop dans notre univers.

N : On était un peu des ovnis. À l’époque lui venait d’arriver de Savoie.

S : C’était une soirée juste à côté de chez oim, et en gros on était posés sur un canap’, on a commencé à parler Hip-Hop et je lui ai dis « Bah chek mon numéro, on se capte tantôt. » Il est passé à la case et puis ça a fini en « Moi j’fais un peu de pera» « Hey moi aussi , viens on écrit un truc ».

 

L’idée de former un groupe c’est venu plutôt rapidement ?

N : Je sais pas si y’avait l’idée d’un groupe, mais on faisait une paire déjà. On invitait des gens chez Sam pour faire des freestyle. Une sorte de pré open mic dans l’appart, vraiment très amateur.

S : On a été vite associé en duo vu qu’on squattait beaucoup ensemble, que chacun connaissait les textes de l’autre et que l’on se backait dans les freestyles. Les gens ont de suite affilié SamSam et Nrgum’n. Genre le resto so (Ndlr: Restaurant Soleil) on a passé des nuits devant à jamer comme des schlagues avec une guitare, une percu et rien. Et c’est à partir de ça que tu rencontres du monde, que les connexions se sont faites.

 

C’est pour ça que le nom du groupe vient juste de l’association de vos deux blaze d’mcs ?

N : On s’est creusé la tête pendant deux mois pour trouver un blaze.

S : On a essayé plusieurs trucs et ça marchait pas.

N : Au final ça nous correspond bien. On est deux individualités, on ne partait pas dans l’idée de faire un groupe cohérent comme par exemple les Tontons Flingués qui ont une cohérence de groupe dans la manière dont ils rappent, dans la manière où ils adaptent leurs flows ou dans leurs choix d’instrus.

S : Alors que nous on est quand même assez différent.

N : On voulait former un duo dans lequel chacun aurait son apport artistique propre.

S : Dans nos son, tu pistes clairement qui est qui. On rappe pas du tout de la même façon, Adrien (Nrgum’n) remplit beaucoup la mesure, il est plus rapide et rythmique que moi. Moi on va dire que je suis plus mélodique.

N : Plus dans le chill musical.

 

Du coup vous envisagez les projets solo ?

Les deux : Ouais carrément

S : (à Nrgum’n) Là toi t’es en train d’écrire. Moi j’écris un petit peu, je pense que ça sera pour la rentrée quelque chose comme ça.

N : J’ai déjà un son qui est une bombe, que je compte bientôt clipper. Ça serait le prochain projet.

 

 

C’est quoi vos premiers souvenirs avec le rap ?

N : J’me rappelle très très bien de Suprême NTM que j’écoutais vers 11-12 ans.

S : Moi mes parents ils m’ont acheté Cinquième As quand y’est sorti, j’crois c’est 2001 tu vois. Donc depuis 15 ans j’écoute du rap, depuis Solaar. J’ai commencé par lui, par un truc un peu variet’ et après je me suis penché un peu plus sur le côté cainri, Snoop, Method Man. Ça, ça nous rapproche vachement parce qu’on est plus de l’école ricaine que de l’école française.

N : Entre guillemets.

S : Entre guillemets parce que même si on est des kiffeurs de rap français à la base on est des kiffeurs de rap cainri.

N : Sinon y’a un groupe qui moi m’a particulièrement influencé c’est le Saïan Supa Crew. Ils ont amené un paquet d’innovations techniques, porté un discours qui était plutôt relativisant par rapport au discours du rap de l’époque. Et puis surtout ils chantaient, ils avaient un truc vachement variet’ qu’on a pu reprendre.

S : L’influence elle vient aussi de mecs comme Nate Dogg ou Snoop. On a un son qui sonne quand même plus 90s que 2016. Faut pas se cacher non plus.

N :Et puis après forcément on a été influencé par les gens que l’on a pu croiser. On faisait parti de l’équipe de So Street il y a deux ans, c’est là que l’on a rencontré tous les gens qui allaient former le groupe les Tontons Flingués (Sado, Nahum, Big O, Jack Ardi). Et ces quatre là ça a été des influences énorme pour nous.

S : C’est un peu nos parrains. On aurait presque pu s’appeler les Neveux Flingués.

N : Jamais on serait à notre niveau si on les avait pas rencontrés. Il sont d’ailleurs tous invités sur l’EP, enfin à part Sado.

S : Ils nous ont fait progressé à fond. C’est pas pour rien qu’on les a invité. Si artistiquement on les kiffe humainement aussi tu vois. C’est nos srabs, c’est nos darons presque. Genre avec Jack Ardi moi j’ai dix ans de décalage donc au final c’est mon daron du rap.

N : Ils nous ont clairement portés à un autre niveau.

 

Si le rap us vous rapproche c’est quoi alors vos divergences ?

S : En terme de musique moi j’ai un peu moins peur de l’innovation. Moi j’suis encore un kiffeur de Booba à l’heure actuelle. Même avec du vocoder, même avec toutes ces conneries là.

 

Même Validée ?

S : Ah je kiffe à fond, SCH je kiffe, PNL aussi. Jul même, j’ai des sons de Jul que j’écoute. Ça ça serait impossible pour lui. T’es plus puriste que moi en fait.

N : On va dire que je kiffe les trucs très écrits. Sam il a un petit côté où il aime ce qui se fait de nouveau. Par contre ce qui nous a rapproché c’est qu’on kiffe tous les deux Young Thug alors que c’est exactement comparable à ce que font des artistes en France.

S : Ouais sans Young Thug ils seraient pas là.

 

A quel moment vous avez commencé à écrire l’EP ?

N : L’idée concrète d’un album, produit, mixé, arrangé est venu il y a à peu près un an. Mais on se disait pas à ce moment là que ça prendrait autant de temps, on pensait qu’au bout de six mois c’était fait.

S : Mais du coup on découvre tout ce délire là. La production, la post prod, la scène, c’est assez nouveau pour nous. Même si on rappe depuis deux-trois ans, l’écriture on connaît, on a justement attendu d’être plus compétants dans notre manière d’écrire pour pouvoir sortir un projet sonore solide mais tout ce qui se passe après on découvre et c’est vachement intéressant.

 

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Y’a une influence indéniable du rap des années 90 mais sans nostalgie dans le texte

Les deux : Ouais carrément

 

Avec un but de moderniser le tout

S : Ouais. Par exemple sur le son Night Show on a voulu faire un délire en mode archi musicale. L’instru elle est souvent caché dans le pe-ra et je pense que lui mettre un petit coup de pouce, la faire rapper, c’est quelque chose qui nous plaît.

 

Vous avez tous les deux une formation classique, en quoi ça vous influence aujourd’hui ?

N : Le cadre, l’organisation, savoir dire à un moment « Ce son là il va pas, parce qu’il y a tel détail qui ne va pas. »

S : La justesse aussi, le temps, la rythmique c’est vachement important.

N : Savoir compter des mesures.

S : Par exemple la prod de L’Ebri-Été même si c’est pas nous qui l’avons faite, on l’a fait à plusieurs, on l’a écrit ensemble, on a quand même une certaine qualité d’écoute grâce à ce passé là.

 

Comment ça se passe le processus créatif entre vous ? Vous écrivez ensemble ?

S : On écrit rarement ensemble, souvent les refrains.

N : Ça dépend. Je pense au premier son Déchéance qu’on a écrit à deux vraiment en se disant qu’on allait scénariser, faire une sorte de story-telling sur le thème de la mafia où chacun incarnerait un personnage. Ou le son « Ici c’est Lille » où j’ai écris le premier couplet, et j’suis arrivé en disant « J’ai ce thème là, maintenant vous allez gratter un truc autour. » C’est plutôt comme ça que ça se passe en général. Ça part d’un couplet.

 

Y’a une variation des thèmes présent sur l’EP, vous explorez plusieurs direction parfois contemplatif ou un peu plus social

S : C’est un peu le mode d’écriture de So Street. Chez eux c’était une instru, on kickait un peu dessus, « Qu’est ce que ça t’évoque ? », on prenait un thème et on grattait. Là c’est un peu ça, que ce soit Adrien ou moi on va chopper une instru, on va en parler tous les deux, « Moi j’ai pensé à ça », « Toi t’as pensé à ça » et on va faire une hybridation des deux trucs.

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Basée à Roubaix depuis 2007, So Street est une plateforme dédiée à la promotion des cultures urbaines. En plus de l’organisation d’événement, elle propose à tous des ateliers de création artistique portant sur le Hip-Hop (Street Art, Danse, Musique)

N : L’écriture à thème ça nous empêche de faire un album systématique sur un sujet comme ça peut être parfois le cas dans le rap français avec l’égo trip.

S : Là y’en a mais à travers le thème. Genre moi tu me dis d’écrire un son égo trip je vais pas savoir le faire. Il me faut un cadre au final. Si tu me dis « Parle moi de la plage » là ouais j’vais écrire que j’suis le plus beau sur la plage tout ça. Mais si on me dit « Dis que t’es juste le plus beau » sans parler de la plage j’y arriverai pas. Mais ça vient aussi de notre formation classique, on avait une sorte de cadre et après t’improvisais à travers. Par exemple pour le jazz, t’as un thème et seulement après t’improvises.

 

 

 

Une structure aussi un peu plus narrative

S : On a pas cette écriture là de punchlines enfilées à la suite. Tu vois ça c’est des choses que je ne sais pas faire et j’ai pas envie de me perdre là dedans.

N : On est plus fort pour retranscrire une ambiance, un univers plutôt que vraiment faire de la punchline.

S : Même les chansons à caractère politique et critique, j’en ai fais quelques unes mais je trouve qu’il y en a qui le font bien mieux que moi. Moi ce que je sais faire c’est donner de la good vibe aux gens.

N : De toute façon on voulait pas tomber dans un systématisme revendicatif, parce que déjà socialement on est pas à plaindre et je pense que tu peux t’exprimer autrement que par la revendication.

S : Pour nous le rap c’est avant tout de la musique. C’est plus qu’un moyen d’expression. Après j’blame pas du tout ce genre de rap, j’en écoute mais je sais pas le faire, et j’ai même pas envie de le faire. Après ça nous empêche pas d’être critique de la société, mais on l’est en dehors du rap.

N : J’ai pas envie d’utiliser le rap comme un outil politisant ou quoique ce soit. Pour moi ça reste de la musique.

S : Le son qu’on fait, la musique que l’on produit, notre EP ça nous ressemble. Peut être même un peu dans la parodie parfois pour moi, mais tu sais qui je suis et je te mens pas, on essaie d’être fidèle à nous même à travers la musique.

 

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Comment ça s’est passé l’enregistrement de l’ep ?

N : Vu qu’on n’avait pas de lieu précis où enregistrer, on a un peu enregistrer les pistes qu’on pouvait au moment où on le pouvait, dans la spontanéité de l’instant.

S : Pour le mixage et le mastering ça s’est fait à Valenciennes en plus des premières sessions qui étaient de l’enregistrement parce qu’il nous manquait des pistes pour certains morceaux. Puis on écoutait, on disait ça c’est bien, ça c’est pas bien. En fait on a un peu produit avec François l’ingé son. Produit dans le sens où on avait notre mot à donner dans l’aspect final du truc.

N : Lui il avait toutes les connaissances techniques que l’on n’a pas, de l’utilisation des logiciels au des multiples effets que l’on pouvait tester. Ce qui était intéressant avec François c’est qu’il ne vient pas du milieu du rap, il vient du rock, il est guitariste, bassiste. Du coup il prenait le temps pour donner de la couleur à l’instrumental et à nos voix. C’était un vrai travail de fond.

S : Et c’était vachement intéressant parce que ça ne nous était jamais arrivé. So Street c’était très cru comme enregistrement, si t’as prise est bonne, que tu ne bégaies pas, c’est bon. C’était dans l’esprit one shoot. Là on avait plus de temps, on pouvait se permettre d’essayer des trucs. Des trucs que tu garderas pas forcément mais au moins on pouvait tenter.

N : On profitait du studio pour créer quelque chose qui n’y sera que pendant le temps du studio. Même si c’est pas reproductible sur scène mais ce temps là rend de nouvelles choses possible. tu peux plus facilement te lâcher, créer, expérimenter.

S : L’exemple même c’est Déchéance, y’a beaucoup de bruitage, y’a une interlude dans le morceaux et ça si on l’avait enregistré autre part on aurait pas pu le faire du moins pas à l’image que l’on voulait.

N : D’ailleurs au départ c’était le son qui nous plaisait le moins. On était un peu frustré, on arrivait pas à lui donner la couleur que l’on voulait. Et en sortant de chez François c’est devenu limite le meilleur son de l’EP pour moi.

S : Et puis au studio tu te professionnalises aussi, tu deviens plus exigeant.

N : Tu te deviens meilleur tout simplement. Tu commences à comprendre comment ça fonctionne techniquement. En tout cas j’me dis que dans les projets qui vont suivre je passerai vraiment du temps en studio à créer la couleur du son que je souhaite.

 

C’est quoi la suite pour vous ?

S : Travailler le visuel c’est un truc qui nous tient à cœur. Là on est en train de commencer à travailler sur un clip pour Night Show avec une esthétique 70/80s qui collerait bien au morceau. Je pense que ça on ne l’a pas encore exploité à bon escient.

N : Que dans nos prochains projets ressortent un côté vraiment visuel qui nous soit propre. On est très content de la cover, du visuel, on a même travaillé sur une quatrième de couverture vu qu’on va peut être presser quelques cds. D’ailleurs lui on l’a pas assez nommé, ce type qui a fait la cover, le logo du groupe ou des cadrages pour le clip Ici c’est Lille s’appelle Pierre Normand, un type archi talentueux. Sans lui toute notre com visuel n’aurait pas existé. Gros Shout Out to Pierre Normand. Et puis bosser la scène aussi. Moi je viens un peu du théâtre et le côté scénique ça m’intéresse à fond. Là le jeu il en est encore au balbutiement.

S : Parce qu’au final les seuls expérience qu’on a c’est les open mics, des trucs où tu restes grand max trois minutes sur scène. Alors que là on a quand même une demi heure à combler, y’a pas la même énergie à fournir.

N : Mais ce qui est bien dans l’open mic c’est que personne n’a d’identité à part dans le sens où tout le monde est anonyme dans le grand crew de rappeur qui investissent la scène.

 

Les cinq albums qui les ont influencé :

Nrgum’n :

  • Iam – L’École du micro d’argent
  • Saïan Supa Crew – KLR
  • Dr. Dre – 2001
  • Oxmo Puccino – (Opéra Puccino, L’amour est mort, Cactus de Sibérie)
  • MF Doom – (Doomsday, Mf Food)

 SamSam :

  • Mc Solaar – Cinquième As
  • Nas – Illmatic
  • Notorious B.I.G – Ready To Die
  • Kendrick Lamar – Good Kid M.A.A.D. City
  • Snoop Dogg – Doggyste

 

Vous pouvez retrouver SamSam Nrgum’n ici:

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Soundcloud

Bandcamp

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